dimanche 14 février 2016

61 - INTELLIGENCE COLLECTIVE ET INGÉNIERIE DE FORMATION EN TRADUCTION


Par Clark G. KHADIGE, dba, desg
(cgcjmk@gmail.com)
Et
Pr. Siham el KAREH
(JCB 1034-2012)

Parler aujourd’hui du développement des relations internationales n’a rien de vraiment nouveau. Elles tiennent, tout d’abord, des relations économiques qui ont entrainé, par la suite, toutes les autres formes de relations, qu’elles soient culturelles, sociales, légales ou technologiques.

Toutes ces relations ont fait apparaitre un problème, assez ardu dans son ensemble, mais pas impossible à résoudre : celui de la communication multilinguiste. En fait, il existe une multitude de langues et de dialectes parlés dans le monde et il est à noter que plusieurs langues et dialectes peuvent être parlés dans un même pays.

C’est le cas, entre autres pays du monde, de l’Inde et de beaucoup de pays africains. Pour résoudre le problème d’une communication comprise par un amalgame de groupes ethniques formant une même entité nationale, il a fallu opter pour une langue commune qui puisse aussi avoir un impact international pour faciliter, autant que possible, les relations d’abord économiques. C’est ce que l’empire britannique avait « imposé » en Inde, puis à travers le monde avec lequel il avait établi des relations commerciales. La langue anglaise en est un exemple probant et, est devenu au fil du temps la langue commerciale internationale.

En fait, quand on en arrive à vouloir faire un décompte, il existe une estimation faite sur le nombre de langues et de dialectes existants, à quelques 3000 à 7000 dans le monde.

Il existe donc, dans la gouvernance sociale, relationnelle et comportementale du monde, trois types d’intelligence qui se complètent :
Une Intelligence Relationnelle qui est la faculté d’établir, d’identifier, de régir les rapports entre individus, entre individus et environnements, entre éléments ou composants, etc.,
Une Intelligence de Communication qui se traduit sous deux formes d’intelligence :
1. Intelligence Communicative : capacité de communiquer,
2. Intelligence Communicatrice : qui crée, entraine et entretien la communication.
Une Intelligence Linguistique, ou Intelligence de la Langue qui est la capacité de former des mots ou des termes, qui permet de construire des phrases, d’avoir le sens de la rime, de convaincre et de persuader les autres... Cette intelligence porte la responsabilité de faire comprendre. Elle est donc pédagogique.

UNE NOUVELLE PROBLEMATIQUE ?

Devrions-nous parler de l’apparition d’un nouveau problème relationnel ou d’une problématique nouvelle dans les relations existantes dans le monde du XXIe siècle ?

En fait, nous nous trouvons devant ces deux situations :

Le problème relationnel : il est un fait certain que rien ne peut se faire tout seul et que tout se fait avec tout. Tout est donc en relation et rien n’est définitivement isolé. Il s’agit de voir, et de savoir surtout, comment faire apparaitre les liens qui unissent tout ce qui est complémentaire directement ou indirectement, et comment relier des entités indépendantes et parfois contraires, sinon contradictoires. Il est ici question d’une Intelligence Relationnelle active au sein d’une Intelligence Collective certaine. Mais il s’agit aussi, et surtout, d’un certain type d’Intelligence Culturelle, considérant que la culture, autant scientifique que professionnelle, est la base de toute réflexion positive.

La problématique nouvelle : Il est devient, aujourd’hui, inutile de revenir sur ce que la mondialisation, d’un côté, et sur ce que la globalisation, d’un autre, ont apporté à la civilisation de ce siècle. A cause de ces deux phénomènes sociaux, d’une part, et économiques, d’une autre, il est aujourd’hui question de relations, qu’elles fussent humaines, économiques, politiques, technologiques, culturelles ou légales. Tout s’enchevêtre, tout se mélange et tout se confond.

Ainsi, la nouvelle problématique qui se pose reste, malgré tout, la compréhension entre une entité et une autre. C’est aussi une question de culture autant scientifique ou professionnelle, tel que nous l’avons souligné plus haut.

La culture est-elle donc nécessaire dans la relation entre un texte et sa traduction ?

Les dangers existants

On pourrait, à la fois, parler de :
Dangers pour la compréhension à travers une traduction d’une langue à une autre,
Menaces de non-respect de la pensée originale d’un auteur, du sens profond et de l’aboutissement d’une communication interlangues,
Risques de désorienter la recherche, autant qu’un lecteur en quête d’une information particulière.

Un des éléments mettant en relief ce qui vient d’être écrit, est la richesse des langues. Dans beaucoup d’entre elles, les mots peuvent prendre des sens, ou des significations diverses, entrainant par là une certaine déformation, voire malformation, de la compréhension, de la mémorisation et de l’assimilation pratique.

Ici, la question qui se pose réside au sein de la possession d’une culture générale certaine : comment faire comprendre ce qui a été dit, écrit ou entendu dans une langue étrangère?

INTRODUCTION

Mais, essayons de définir, avec le plus de précision possible, le terme « langue » :
Wikipédia nous propose « une langue est un système de signes linguistiques, vocaux, graphiques ou gestuels qui permet la communication entre les individus ».
Le Larousse en ligne nous en suggère les suivantes :
« Système de signes vocaux, éventuellement graphiques, propre à une communauté d'individus, qui l'utilisent pour s'exprimer et communiquer entre eux,
Ensemble des règles concernant les diverses composantes d'un système linguistique,
Manière de parler, de s'exprimer, considérée du point de vue des moyens d'expression à la disposition des locuteurs,
Système d'expression défini en fonction du groupe social ou professionnel qui l'utilise »
Et le Dictionnaire en ligne donne à son tour : « langage commun a un groupe social » et « système d’expression potentiel opposé au discours, à la parole ».

Il faut donc comprendre que parce-qu’il y a multitude de groupes, il y a aussi multitude de moyens de communication orale, les langues.

C’est donc un système intelligent de relations, dans tous les sens du terme, qu’elles soient économiques, culturelles ou sociales.

Langues et dialectes

Il serait très difficile de véritablement différencier entre langue et dialecte car un dialecte est souvent un dérivé ou une déformation du parler oral d’une langue commune et qui diffère sur des sons, des définitions, des significations ou même des mots obtenus, ou créés, par une pratique sociale ou professionnelle, sans compter ceux « importés » d’autres langues et dialectes. Dans ce cadre, nous pourrions introduire la notion de « franciser » une langue, de « l’anglophoniser », ou même de l’arabiser,  etc.

Dans une approche explicative de la sociolinguistique, le terme « langue » définit aussi deux activités assez distinctes entre elles, mais très souvent complémentaires :
La première est un outil de communication collective, groupale ou intergroupale,
La seconde traduit une identification sociale et nationale,

Ce qui nous amène à considérer d’autres options de définitions :

Langue naturelle : ensemble de termes et de mots réunis au fil des siècles par un même groupe afin de définir des actions, des activités, des produits, etc. et qui se comprennent de la même manière par tous les membres de ce groupe.

Langue construite : souvent surnommée langue artificielle résultant de la création de nomination d’éléments nouveaux ou de langage typique d’un groupe. C’est le cas :

De Saïd AKL dans sa tentative de « latiniser » la langue arabe,
D’Atatürk en imposant la latinisation de la langue turque,
Celui de la nouvelle communication par les jeunes au Liban, par mails ou par WhatsApp mixant la représentation latine de la langue arabe, (« Haddaret al film jdid Martian » ? au lieu de « As-tu vu le nouveau film Martian » ?).

Langue vivante : langue utilisée couramment au sein d’un même groupe, d’un même pays ou d’une même nation. Cela peut aussi être une langue partagée par plusieurs nations afin de faciliter la communication et les échanges de diverses natures. Ce qui est le cas de l’anglais, du français, de l’espagnol, de l’allemand, de l’arabe, etc.

Langue morte : aussi appelée éteinte, est une langue qui n’est plus parlée mais qui reste présente dans des textes, des applications idéologiques religieuses ou philosophiques. C’est le cas du latin dans la religion chrétienne occidentale, du syriaque et de l’araméen dans la religion chrétienne orientale, du grec ancien dans les textes des philosophes de la Grèce antique d’avant Jésus-Christ, etc. Mais, dans le cas de ces références, on aura plus tendance à parler de langues anciennes plutôt que de langues mortes. Notons qu’une langue ancienne pourrait être ressuscitée pour devenir, ou redevenir, une langue nationale rapportant et transportant croyances, valeurs et identité.  C’est le cas de l’hébreu.

Dans cet ordre de choses, il faut noter que l’Intelligence de la Diversité en langues a une participation réelle et très effective dans ce concept « culturel » des langues. Ceci est à comprendre dans le sens où toute langue non active reste malgré tout une langue back up c’est-à-dire référentielle d’informations. Nous pourrions donner l’exemple du grec ancien et du latin.

Locuteurs et langues

Locuteur (Ici, personne qui parle effectivement une langue) vient du mot locution qui signifie, entre autres, une communication faite devant un public.

Dans le cas de notre article, le terme « locuteur » sera compris dans le sens de, ou des, individu(s) parlant une même langue. Il serait aussi difficile, à ce sujet, de vouloir compter le nombre de personnes parlant une même langue, dans un contexte où les langues parlées sont des atouts économiques, en dehors de leur langue originale que l’on nomme langue maternelle.

Par contre, il serait plus aisé d’identifier les langues « internationales » parlées dans les différents pays du monde. On parlera donc de français, d’anglais, de chinois (mandarin pour être plus exact), d’espagnol, de portugais, d’hindi, d’arabe, d’allemand, de russe et de japonais. Notons que ces langues sont celles qui régissent la vie économique dans les relations internationales.


LA PROBLEMATIQUE DU JOUR

Si la communication multilinguiste comme s’avère un fait fondamental dans les relations internationales de tout genre, il nous est nécessaire de spécifier que même s’il existe, aujourd’hui, une « langue internationale de commerce : l’anglais », aucune nation au monde ne semble avoir l’intention d’abandonner sa propre langue, en d’autres termes son identité et sa personnalité, au profit d’une langue internationale. Mais, les relations internationales imposent de se faire comprendre.

Il y a donc un grand besoin d’apprendre et d’enseigner les langues étrangères.  On a assisté, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, a une « ruée » vers l’apprentissage des langues :
En France, après la seconde guerre mondiale, il s’agissait d’apprendre d’abord l’allemand, car l’histoire des relations franco-germaniques a surtout été marquée par des conflits armés. Apprendre l’allemand, c’est s’armer pour survivre.
En Europe, dans la période de reconstruction de l’après-guerre, apprendre l’anglais devenait un « must » puisqu’elle dépendait surtout des moyens, de la technologie et des investissements américains, puissance économique et politique montante.
Etc.

Mais les enjeux économiques se développant, la nécessité d’apprendre d’autres langues  a fortement marqué l’apprentissage et l’enseignement de celles « dictant » une conduite économique. Ainsi, ce fut le temps du japonais, du russe, etc… jusqu’à aujourd’hui où on assiste à une ruée vers le mandarin, la Chine représentant un marché de plus d’un milliard et demi d’individus.

Des centres de langues sont apparus, les universités ont ouvert des facultés de langues et de traduction, de littératures étrangères comparées, etc.  Nous pourrions donner l’exemple du Centre Confucius, au Liban, qui a déjà ouvert deux pôles d’apprentissage du mandarin : l’un à l’Université Saint-Joseph et l’autre à l’Université Libanaise, sans compter le centre culturel de l’ambassade de Chine.

Parmi les différents résultats obtenus par l’apprentissage des langues, un est particulièrement à mettre en évidence dans cet article : celui qui a rapport à la volonté d’enseigner ce qu’on a appris au profit d’individus appartenant à d’autres cultures et à d’autres langues. Il est donc nécessaire de concevoir ce qu’on appelle aujourd’hui une ingénierie d’apprentissage et, éventuellement, parler d’ingénierie d’enseignement.

LE CONCEPT D’INGENIERIE

On appelle, aujourd’hui, ingénierie tout un ensemble d’actions qui mène à la constitution, ou à la construction, de quelque chose ayant rapport au quotidien des entreprises ou des individus. Ce terme s’est vu doté de qualificatifs qui spécifient, ou définissent, un domaine professionnel ou de recherches :
Ingénierie financière : L'ingénierie financière est un ensemble de techniques financières qui permettent de réaliser les objectifs de financement, de valorisation, d'investissements, de gestion de portefeuille optimums pour l'entreprise, l'actionnaire ou plus généralement l'investisseur,
Ingénierie informatique : Le génie informatique, ou ingénierie informatique, est une discipline qui traite de la conception, du développement et de la fabrication de systèmes informatiques, à la fois matériels et logiciels,
Ingénierie culinaire : qui a rapport à la création de mets nationaux et traditionnels,
Ingénierie pédagogique : L'ingénierie pédagogique est l'activité d'étudier, de concevoir, de réaliser et d'adapter des dispositifs d'enseignement basé sur des objectifs de compréhension et de familiarisation,
Ingénierie d’apprentissage : conceptions de méthodes permettant un apprentissage complet en alliant théorie et pratique en alternance,
Ingénierie d’enseignement : ensemble de méthodes ayant pour objectif de diffuser des connaissances théoriques ou pratiques,
Ingénierie de formation : On entend par Ingénierie de formation un ensemble de démarches méthodiques et cohérentes qui sont mises en œuvre dans la conception d'actions ou de dispositifs de formation afin d'atteindre efficacement un objectif visé,
Etc.

L’ingénierie consiste donc à étudier, concevoir, réaliser, assister, adapter et faire adopter de nouveaux dispositifs et de nouvelles méthodes de travail.  Par conséquent, on parlera d’ingénieurs financiers, d’ingénieurs informatiques, d’ingénieurs pédagogiques, etc., soit une nouvelle pléthore d’activités professionnelles.

Grace à cette profusion de concepts professionnels, des sociétés de formation et de consultance se sont créées afin d’aider les entreprises à se développer ou à implanter des activités économiques, financières ou autres, différentes de celle déjà existantes sur les marchés mondiaux. Notons que le terme d’ingénierie a été introduit pour différencier avec celui de « génie » attribué à l’ingénieur civil.

L’ingénierie est un concept, alors que le génie est une activité professionnelle.


Objectif de l’article

Au vu de ce qui précède, l’objectif de cet article sera de mettre en relief l’importance d’une ingénierie de formation en traduction dans l’enseignement de la traduction des langues.

Il couvrira les points suivants :
L’apprentissage,
L’enseignement,
La formation professionnelle,
Les relations humaines, scientifiques et académiques à travers la traduction,

DE LA TRADUCTION

La traduction est le fait de faire passer un texte rédigé dans une langue à la rédaction de ce même texte dans une autre langue. Elle met en relation au moins deux langues et deux cultures et parfois deux époques.

Si on devait expliquer ce mot, les dictionnaires nous donnent les définitions suivantes :

Le Petit Robert au verbe traduire : verbe qui provient du latin traduc ère (1480), signifiant « faire passer » –, qui date de 1520, « faire que ce qui était énoncé dans une langue naturelle le soit dans une autre, en tendant à l’équivalence sémantique et expressive des deux énoncés » (2008).
Le Littré met en évidence le sens étymologique latin, «conduire au-delà », «faire passer », « traverser ». Dans ce dictionnaire, «traduire » signifie « faire passer un ouvrage d’une langue dans une autre ».
Le Larousse en ligne propose « transposer un discours, un texte, l'exprimer dans une langue différente »
Le dictionnaire de la langue française en ligne : « transposer un texte d’une langue dans une autre »,

Mais, le concept de traduction a donné aussi un autre nom « retraduction » qui, lui signifie une nouvelle traduction faite par un même auteur, ou par un autre, d’un même texte. Dans ce cas, une question réelle se pose dans la déontologie de ce concept : lequel des traducteurs traduit-il mieux le sens, le concept du texte et comment peut-il, ou réussit-il, à transposer dans une autre langue l’esprit de l’auteur original ?

Notons, à ce propos, un problème qui se pose et qui demande réflexion : la traduction d’un titre. L’intérêt de la lecture d’un texte ou d’un ouvrage est particulièrement lié à ce qu’un titre signifie et à la manière qu’un lecteur le perçoit. Il est un fait qu’à travers un titre, convergent beaucoup de pensées et d’attentes.

Cependant, on se trouve parfois hésitant devant un titre traduit. La traduction transpose-t-elle correctement la pensée de l’auteur, le sujet et la problématique ?

Nous pourrions donner en exemple l’ouvrage du poète Toufic Youssef AOUAD « Matahen Beyrouth » qui se traduit en français par « Les meules de Beyrouth ». Cependant, le traducteur a proposé celui de « Dans les meules de Beyrouth ». Dans le premier cas, « Les meules de Beyrouth » apparaissent comme des acteurs alors que dans « Dans les meules de Beyrouth » les meules ne représentent qu’un environnement ou une action se passe.  Qu’a donc écrit l’auteur ?

 LA COMMUNICATION PEDAGOGIQUE

Avant de s’attaquer en profondeur à ce que la traduction peut et doit apporter au niveau culturel et social, il serait bon de noter que l’ensemble d’une traduction doit comporter un minimum de sens pédagogique afin que les lecteurs s’intéressent à ce qu’ils lisent. Trop souvent, quand les traductions sont « lourdes » les lecteurs se fatiguent et n’arrivent pas souvent à reconnaitre l’ensemble du thème et sa problématique et préfèrent, parfois ou souvent, en arrêter la lecture.

On introduira inévitablement le concept de communication pédagogique qui fait que tout texte écrit, ou traduit, se doit d’être facilement compris, rapidement assimilable et aisément mémorisable, sans compter l’impact de l’intérêt de la lecture.

Ainsi, l’acquis des savoirs et des savoir-faire favorise un savoir-être et un savoir-devenir. La communication pédagogique est donc la relation par laquelle les partenaires d’un ouvrage (auteurs, écrivains, traducteurs, maisons d’éditions, etc.) s’engagent, dans l’acte de communiquer, à la réussite culturelle des lecteurs et apprenants et à l’affirmation du texte.

Toute réussite encourage l’acquisition active des connaissances et le développement d’attitudes et d’habiletés qui se manifestent dans des comportements adaptés et adaptables. Il s’agit donc d’inciter l’exercice de capacités de conservation des connaissances et de les transférer à un niveau supérieur de raisonnement ou à un autre domaine d’apprentissage, dans la traduction. A ce sujet, n’oublions pas que tout texte apporte un certain bénéfice culturel et influe sur la manière de penser, de raisonner et d’agir.

Elle éveille aussi la curiosité en lançant un défi constant : celui d’explorer de nouvelles  possibilités d’évolution et repousser les limites du savoir. Ce point est important à relever car il met en évidence le défi constant de l’apport culturel et interculturel engendré par les relations internationales.

DE L’APPRENTISSAGE ET DE L’ENSEIGNEMENT

Il ne peut y avoir d’enseignement effectif et porteur de connaissances, s’il n’y a pas d’apprentissage réel. Comment diffuser, sinon, ce que l’on ne connait pas ?

Dans Intelligence collective, apprentissage et enseignement (2015), nous avions ecrit :

 «  De prime abord rappelons-nous que :
L’information mène à la connaissance,
La connaissance mène au savoir,
Le savoir mène à la réflexion et à l’analyse,
La réflexion et l’analyse mènent à la culture,
La culture mène à la sagesse.

On ne peut donc parler de recherche d’information, ni d’acquisition de connaissances, ni de constitution d’un savoir, ni même d’une culture sans considérer le partage et l’échange avec les autres, qui, eux aussi, ont acquis un savoir et une culture caractéristiques à leur origine et à leur perception de ce qui compose leur environnement social et culturel.

Puisqu’il y a échange et partage, il y a aussi apprentissage et enseignement. On ne peut donc pas concevoir:

« Un Apprentissage sans Enseignement
Et
Un Enseignement sans Apprentissage ! »

Transposé dans le contexte de la traduction, ce qui vient d’être lu met en évidence une de ses responsabilités majeures qui est celle de l’apport culturel à travers l’apprentissage et l’enseignement des langues.

La formation professionnelle en traduction, a aussi une autre grande responsabilité qui est celle de la transposition intégrale d’un texte afin que l’apprentissage, et l’enseignement par surcroit, soit bénéfique, réel, vrai, uniforme et universel.

Ainsi, les relations humaines, scientifiques et académiques à travers la traduction, seront renforcées, effectives et porteuses de résultats sensibles.

L’INGENIERIE DE LA FORMATION

Quelles seraient les meilleures méthodes pour former à la traduction ? Ceci implique de former d’abord des étudiants, puis des professionnels. Cela demande, auparavant, une certaine définition de notions à acquérir à travers un ensemble de connaissances à mémoriser, issu de matières touchant autant la culture que le patrimoine du pays  dont on veut traduire certaines choses.

Une ingénierie de formation est donc une démarche qui obéit à des processus, des procédures, des méthodes, des outils qui vont permettre de favoriser l’atteinte d’objectifs fixés. Ainsi, l’objectif principal de l’ingénierie de la formation en traduction est de faire comprendre dans une autre langue. Il s’agit aussi de pouvoir transposer la problématique originale et la faire comprendre.

Ainsi, la formation, pour qu’elle puisse donner les fruits escomptés, revient à tenter de comprendre la démarche à suivre : celle de l’adéquation apprentissage-enseignement. Il s’agira alors, de faire appel au concept des compétences individuelles ou collectives, condition sine qua none de la performance accrue et continue de la formation.

Cependant, il faudrait bien définir ces deux termes compétence et performance pour en comprendre leur réalité effective:
Compétence : ce que l’on sait faire,
Performance : ce que l’on réussit à faire,

On en déduit que toute formation doit d’abord permettre d’acquérir des compétences, de les développer et de les affirmer dans un contexte environnemental déterminé.   L’ingénierie de la formation répond donc à des lois de structure, à certaines règles fondamentales comme le choix et la sélection d’activités d’apprentissage et la retransposition de l’acquis à travers l’enseignement.

Il s’agit donc de considérer quatre phases essentielles que nous emprunterons aux fonctions de gestion des entreprises :
La planification : en fonction des objectifs décidés,  créer un plan de travail succinct, identifier les ressources nécessaires, définir les responsabilités individuelles et communes, déterminer les taches principales, etc. Il s’agit principalement de préparation et de prevision. Elle se caractérise  par une anticipation des résultats escomptés à partir des objectifs et des moyens à utiliser.
L’organisation : il s’agit de mettre en ordre, et par ordre éventuellement, ce qui a été sélectionné dans la phase précédente. Ajoutons à cela l’identification de ressources à acquérir, car non disponibles auparavant.
La direction : elle concerne principalement l’ensemble des individus réunis pour la formation : enseignants et apprenants.  
Le contrôle : cette phase a une importance majeure car elle permet de s’assurer que tout est en place, tout est prêt et que rien n’a été laissé au hasard.

Ainsi, dans le cadre de l’apprentissage, de l’enseignement et de la formation, il existe une Intelligence de Management puisqu’il s’agit de gérer un programme complet de formation. Cette intelligence fera appel à un ensemble de support apporté par ce que nous avons appelé maintes fois dans nos articles précédents une Collectivité d’Intelligences.

Cette Collectivité se compose principalement des Intelligences :
Planificatrice, Planificative et de Planification,
Anticipatrice, Anticipative et d’Anticipation,
Organisatrice, Organisative et organisationnelle,
Directrice, Directive et de Direction,
De contrôle,

Dans cette considération, la formation prend un caractère stratégique et la traduction devient une activité intelligente.

INGENIERIE DE LA TRADUCTION

Nous nous réfèrerons, une fois de plus, à notre article sur l’enseignement et l’apprentissage, dans le cadre de la transmission des connaissances et du savoir :

« ….ceci entraine la reconnaissance de quatre entités qui interagissent afin que ce qui « se sait » perdure :
Un sujet
Un enseignant
Un apprenti
Une méthode

Chacune de ces entités a une fonction, un rôle et une responsabilité particulière et bien définie :
La fonction du sujet : intérêt, augmentation du savoir, apprentissage et enseignement,
L’enseignant : recherche, diffusion de l’information, expérimentation et confirmation de l’acquisition,
L’apprenti : écoute et acquisition, recherche et développement, conservation et rediffusion,

Le tableau suivant nous en donne une représentation assez claire :

La connaissance
Le
sujet
L’
enseignant
L’
apprenti
La
méthode

S’acquiert

Est exposé, découvert,
Exploré, Choisi
Recherche, Développe, Analyse,
Imagine,
Accompagne,
Conditionne et limite 
Ecoute,
Développe,
Mémorise,
Interprète,
Pratique, Assimile
Magistrale,
Participative,
Mixte,
Pédagogique,
Se transmet
Intérêt général ou spécialisé
Planifie, guide, oriente et diffuse, contrôle
Organise, classifie,
Assimile, déduit 
Recherche,
Exposé,
Séminaire,
Débat,
Se construit
Utile et fonctionnel
Réunit les éléments et bâtit une connaissance
Acquiert, Consulte, Sélectionne,
Rédige,
Conserve
Travail personnel,
Alternance,  Acquisition,  Pratique
Tableau 1 – Croisement entre connaissances, diffusion et cibles.




Tableau 1 – Croisement entre connaissances, diffusion et cibles.

Notons un fait important : dans toute traduction, le choix des mots par un traducteur présente, ou représente la pensée d’un auteur. Il y a donc, quelque part, une empathie chez ce traducteur, empathie qui doit lui permettre de transposer cette pensée dans une autre langue sans malformation ni déformation.

Selon Eco, (2007 : 10), « tenter de comprendre comment, tout en sachant qu’on ne dit jamais la même chose, on peut dire presque la même chose. ». La traduction est-elle vraiment, alors,  le fait de « dire presque la même chose dans une autre langue» ? On pourrait donc donner l’exemple de la presse écrite où beaucoup d’informations sont traduites au départ de différentes langues, et de l’interprétariat en conférences où le rôle du « transposeur » de textes d’une langue a une autre doit maitriser les outils de la communication afin de rendre ce qu’il traduit suffisamment compréhensible et intégral pour celui qui l’écoute.

Cependant, dans quelle mesure cette intégralité de traduction suit-elle une certaine éthique et non pas, directement ou indirectement, une forme de manipulation de la pensée de l’auteur ? A ce sujet, « André Lefevere (1992 : 51) introduit la notion de manipulation quant à la traduction, parce qu’elle aide à abolir les frontières nationales et, par conséquent, à les manipuler ».

Il faudrait faire alors appel à une méthodologie, peut-être spécifique ou particulière, ou même suffisamment flexible pour délimiter d’une manière comme d’une autre la fidélité de la traduction et son caractère intègre. Ce point est important à noter car les langues sont riches en interprétation des mots. L’utilisation d’un terme ayant plusieurs sens pourrait désorienter le lecteur, si le traducteur ne sait pas choisir celui qui porte la pensée de l’auteur.

Ainsi, deux questions se posent à priori :
Quelles sont les limites de la liberté d’expression dans une traduction ?
Comment choisir entre une caractéristique descriptive ou expressive quand un texte se place dans un contexte scientifique ou hautement académique ?

Du style en traduction

Dans le cadre de ce qui nous intéresse, nous pourrions définir le terme « style » comme étant une manière individuelle d’exprimer une idée ou une opinion, par l’utilisation de termes qui identifie un auteur, ou même un traducteur. Tout auteur a donc un style de rédaction qui soutient sa perception des choses, sa pensée et souvent ses émotions et ses sentiments. Suivant le sujet de son texte, il choisira le style magistral, scientifique, historique, rédactionnel, etc., et le traducteur se devra de trouver les « équivalents » en respectant, autant que possible, le style original.

Le choix de ce dernier devra se baser sur :
L’état de sa culture personnelle,
La bonne connaissance de l’esprit de l’auteur,
Le respect des principes littéraires,
Les principes de la grammaire de la langue originale et de la langue choisie,
Etc.

CULTURE ET TRADUCTION

Nous arrivons, ici, a un point épineux ou deux questions émergent :
Un traducteur a-t-il nécessairement besoin d’une certaine culture,
La culture peut-elle être traduite dans son identité d’origine sans apport externe ?

Qu’on le veuille ou non, la traduction est une activité culturelle interlangues et multilangues. Elle représente fortement une dimension d’interculturalité puisque elle va englober, dans son espace scientifique, la culture des pays où elle se propose de traduire les apports culturels dans différentes langues. On étudie depuis longtemps l’interdépendance des langues et des cultures et son incidence sur la traduction. Les approches varient selon l’idée qu’on se fait de la culture et de la traduction, et selon les disciplines mobilisées.

« Les facteurs culturels de la communication relativisent le concept traditionnel d’équivalence (jusqu’alors polarisé sur le texte original) au point de le rendre obsolète, puisqu’on demande au traducteur d’envisager sa pratique comme une activité de médiation, ou de négociation culturelle, avant tout axée sur l’usage et les usagers de la traduction dans leurs milieux respectifs ».

Langues et cultures sont étroitement liées, puisque la première doit transposer la seconde dans une langue différente. CUCHE (2001) parle « de rapport étroit d’interculturalité ».


CONCLUSION

Si la traduction est un véhicule incontournable des relations internationales, elle n’en est pas moins un agent culturel et un vecteur de culture certaine. Par contre l’ingénierie de formation en traduction est un instrument professionnel dont le rôle principal, s’il est de traduire des textes, n’en est pas moins une dimension professionnelle d’importance.

Dans le monde complexe des relations internationales, il est nécessaire, sinon impératif, de former ces professionnels de la liaison internationale sociale, culturelle, politique, légale et économique. Sans eux, ces relations tourneraient autour de dialogues de sourds plus porteurs de conflits que de liens indissolubles inter-peuples.

La dynamique, s’il est ici permis d’utiliser le terme, de la traduction est, comme nous l’avons dit plus haut, une activité intelligente. Intelligente car elle fait appel d’abord à l’intelligence de l’auteur et du traducteur et à une Collectivité d’Intelligences qui concourent à la réussite de la compréhension de la culture de l’autre.












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